Analyse d’un dérapage verbal

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Certains d’entre vous ont peut-être suivi le débat animé que mon billet sur l’Afrique a provoqué.

A présent que le calme est revenu et que les malentendus ont été dissipés, je me permets de revenir sur cet épisode pour en analyser les ingrédients du point de vue de la communication.

Le contexte culturel

Sur Internet, nous touchons un public très large.

Comme en témoigne la carte ci-dessous, en nous exprimant en Français, nous touchons :

  • La France
  • Le Québec
  • La Belgique
  • La Suisse
  • Plusieurs pays du Nord et du centre de l’Afrique
  • Les expatriés aux quatre coins du monde (j’ignorais jusqu’alors que j’avais de l’audience en Suède

Le B à Ba de la communication, c’est de tenir compte de son interlocuteur. Comme l’illustre le graphique ci-dessous (un grand classique présenté aux étudiants en communication), tout message est réinterprété par le récepteur. Si le champ d’expérience de l’émetteur diffère radicalement de celui du récepteur, le message pourra prendre un tout autre sens que celui que lui attribue l’émetteur.

« Lire, c’est reconstituer », comme le rappelle Katsoura sur Tutoweb.com.

Mon raccourci de langage sur l’équipe de France en a fait les frais. J’ignorais, à ma grande honte, que cette même expression avait été utilisée par un triste personnage de la droite extrême, dans un sens tout à fait différent, et fait l’objet de nombreux commentaires dans la presse française, quelques jours plus tôt.

Le pouvoir émotionnel des blogs

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour me faire incendier.

Les blogs constituent, en effet, un vivier agité où les opinions fusent à la vitesse de l’émotion qui les portent.

Des opinions qui peuvent prendre une forme virale et se répandre à une vitesse folle. Dieu merci, j’ai pu m’expliquer avant de subir le lynchage médiatique.

Dans un dialogue réel, le langage non verbal est d’une importance cruciale. Les propos mal compris peuvent rapidement être reprécisés. Un froncement de sourcil suffit à communiquer le doute. Sur Internet, les mots sont là, laissés à eux-mêmes, sans tonalité autre que les éventuels smileys. La dispersion de l’audience, combinée à cette absence de langage non verbal, augmente considérablement le risque de mauvaise interprétation.

Internet Actu souligne que, selon une étude intitulée « When what you type isn’t what they read », publiée par le Journal of Personality and Social Psychology, nous aurions moins de 50 % de chance de mesurer correctement le ton d’un message, alors que les utilisateurs pensent qu’ils les interprètent correctement. Et nous ne nous en rendons pas compte, pas plus que l’émetteur du message qui pense en général avoir été clair.

Désamorçage

La chose la plus positive, à mes yeux, dans cette affaire, est la manière dont la violence initiale a été désamorcée.

En quelques échanges, l’agressivité initiale (compréhensible aux yeux du contexte) s’est complètement dissipée au profit d’une mise au point constructive. Je m’en félicite et j’en félicite mon interlocuteur, car il faut être deux personnes de bonne volonté pour parvenir à désamorcer une violence qui, naturellement, tend plutôt à l’escalade.

Vos réactions ou expériences personnelles sont, cependant, d’ores et déjà les bienvenues.

4 réflexions au sujet de « Analyse d’un dérapage verbal »

  1. MiKE

    Bravo pour cet intéressant débrief et les quelques chiffres cités.

    Il est vrai que la communication est si présente dans notre vie qu’on en oublie parfois à quel point elle peut être  » biaisée « , surtout lorsqu’elle passe par des canaux qui aplanissent ou déforment le sens du message.

    Par contre, je sens que je vais me facher car je te surprend une nouvelle fois en pleine ségrégation : chuis même pas sur ta carte ;-)

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  2. Le Blog de Christophe Carignano

    Danger, blogueurs en liberté

    Quand je vois ça, qui s’apparente à une campagne de dénigrement honteuse visant Ségolène Royal par le biais d’un photomontage avec un slogan qui rappelle les heures les plus sombres de notre République, je suis scandalisé. Curieusement,…

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  3. coumarine

    Bonjour Je suis la « petite » maman de Fred Coumarine est un blog qui draine depuis deux ans pas mal de monde, un blog de « ressentis » d’abord, d’articles de réflexions ou autres Je suis super intéressée par un article concernant l’agressivité sur les blogs… Je viendrai voir régulièrement pour le lire (Il est bien évident, que quand j’ai 40 commentaires, il y en a qui sont parfois désagréables, mais c’est rare, j’y veille jalousement (deux commentaires virés en deux ans, ce n’est pas beaucoup!) Mais l’émotion est en effet souvent au RV, surtout qd on traite de sujets sensibles… (c’est Fred qui m’a envoyé chez toi) Autre chose: si tu vas voir chez Coumarine, il y a une catégorie que j’ai appellée « blog-trotteuse » C’est l’histoire imaginaire d’un blog pas tranquille et des aventures d’une blogueuse ordinaire et naïve, dans laquelle pas mal de gens se sont reconnus Ces 7 épisodes vont être publiés dans une revue belge sous une forme moins « orale » Voilà qui peut peut-être t’iintéresser amitiés

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  4. aimzon

    Ce sujet est très intéressant : j’ai moi-même un blog, sur lequel je lance parfois quelques critiques au sujet de programmes de saison culturelle, et chaque fois, j’ai eu des commentaires (toujours anonymes) incendiaires. Le blog est un espace d’expression privilégié, mais avec l’expérience je pense pratiquer une certaine « autocensure » justement parce qu’exprimer ses ressentis peut blesser parfois… comme dans la vie ! L’ironie que j’aime à pratiquer dans l’écriture n’est pas toujours bien comprise, et bien prise : une vraie leçon d’écriture et de communication ! (écrire pour le web : utiliser des mots simples, etc… peut-être, mais surtout : pour aborder les sujets « sensibles » -car il ne faut pas les éviter- (le racisme en est un), bien peser ses mots et son argumentation, éviter les formules lapidaires… bref, faire tout le contraire de ce qu’exige le « plain language »!! En tout cas, je trouve que votre analyse et votre article désamorcent très intelligemment le débat initié par votre article. L’important, c’est en effet l’échange que le blog suscite, comment il nous instruit réciproquement… et vos recherches, la façon dont vous prenez le sujet à bras le corps, témoignent d’une éthique appréciable et sans équivoque.

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